Les crises du vin

En tant qu’amateur, donc consommateur et donc acheteur, je reste perplexe devant les agitations spectaculaires des professionnels du vin. Pendant très longtemps, l’amateur de vins a subi, impuissant, la montée inexorable des prix, et l’indifférence, voire l’arrogance, des acteurs français du vin. Le vin est devenu si compliqué qu’il a fait fuir tous ceux qui n’avaient pas le courage de l’écouter s’écouter. La crise apportera certainement ce coup de balai nécessaire qui emportera ces vieux paquets de poussière accumulés sous les meubles. Je me plais à imaginer que ne resteront que ceux qui le méritent : d’un côté ceux pour qui le client est roi, et de l’autre ceux pour qui le vin est roi.

crise viticoleDans les deux cas, la survie du producteur de vin au 21ème siècle dépend de sa capacité à communiquer avec sa cible. Beaucoup de gros mots en une seule phrase dans un monde où les termes « produit » et « marketing » sont de mauvais goûts. Tous les amateurs, comme vous et moi, auraient aimé que ce milieu soit la dernière terre vierge de toutes considérations mercantiles. Mais le capitalisme n’admet pas les utopies. Et il faudra pour survivre que le producteur soit capable de faire comprendre à l’acheteur pourquoi il a raison d’acheter son vin…et même, de se faire comprendre tout court.

Mais n’est-on pas en train de mélanger deux crises dans le vin ?

Si les grands vins français s’écoulent moins bien qu’auparavant, est-ce un problème de qualité ?
Pas réellement. La crise et la désaffection des acheteurs proviennent en grande partie d’une inadéquation entre la qualité perçue et le prix de vente du produit.

Prenons maintenant les vins de régions produits en AOC (Appellation d’Origine Contrôlée), est-ce un problème de qualité ? La réponse est clairement oui ! Quand un supermarché vous propose des vins en AOC à moins d’1 €, pas besoin d’être devin ou oenologue pour craindre des trous dans l’estomac. Et pas besoin d’être directeur marketing pour comprendre qu’une telle trahison aura à terme des répercussions sur tous les producteurs de l’AOC. A Cahors, on en sait quelque chose.
En voulant s’attaquer au système des AOC, René Renou, le président de l’Institut national des appellations d’origine, a bien compris que ce classement avait perdu toute crédibilité… une première estocade salutaire contre ce système dont l’obligation de qualité a disparu dans les faits.

A deux maux, deux remèdes sont attendus. Hors, le sauve-qui-peut actuel nous offre de bien pâles batailles au sein d’un même camp.

En tant qu’amoureux de ce merveilleux travail d’orfèvre qu’est l’application du viticulteur, je reste persuadé que le premier critère de sélection d’un vin est sa qualité. Mais cette qualité a un prix. Que votre nectar préféré coûte 5 ou 1000 €, le rapport qualité/prix ou prix/plaisir est primordial. Car nous détestons être trompés. Le marketing et la communication ne sont qu’une cosmétique nécessaire. Du maquillage pour bien apprêter, et non pour cacher…

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